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Juste Avant | Juste Après

Pleurer sur du Brel, c’est pas ce que j’aime faire le plus au monde.
Surtout quand c’est sur cette saleté –mais néanmoins magnifique- « Ne me quitte pas ».
Et encore moins quand tout va tellement bien dans mon couple que je me demande si je ne suis pas à l’hôpital, dans un putain de coma, et que je ne serai pas en train de tout inventer.


On s’est rencontré alors que j’étais déjà en couple.
J’en entends déjà me traiter de tous les pires noms du dico en tentant de trouver celui qui me décrirait le mieux.
Oui, je suis une connasse, un monstre sans cœur, bref, je passe les détails, parce que vous savez quoi ? Ma conscience m’a déjà lu la liste des insultes qu’elle a créée à mon insu à ce moment-là.
Mais on ne décide pas de tomber amoureuse ; et encore moins désamoureuse.

Après, je suis une fille qui a vécu toute son adolescence dans la collection Red Dress Ink, donc je m’étais illusionnée, comme tant d’entre nous, sur cet ex.
Mais les illusions finissent toujours par disparaitre derrière la réalité.
Et plus vite qu’on ne s’y attendait.

Et Darcy… comment décrire la première fois que je l’ai rencontré ?
Au risque de faire ma guimauve et de finir au-dessus d’un feu de camp pour cause de marshmallowisme intensif, lui et moi, c’était le coup de foudre.
Et puis je ne mens pas, d’abord, y’avait de l’orage…
Je vous l’accorde, pas la première fois que je l’ai rencontré, non, le jour où j’ai compris que j’étais grave dans la merde parce que j’étais amoureuse. De lui, j’entends.

Et pour couper court aux réactions violentes de certaines lectrices, je tiens à préciser que je suis au courant que le coup de foudre n’est rien d’autre que nos phéromones qui nous envoient un message subliminal.
Moi, perso, mes phéromones, je les imagine en mode prostituées de Paris, 19ème siècle, avec des bas troués, des pompes à talons vertigineux, une choucroute en guise de coupe de cheveux, et du maquillage à tirelarigot pour camoufler leurs rides de vieilles femmes qui ont vu le pire des hommes.
Avec un accent parigot à couper au couteau.
Avec une voix nasillarde, selon la phéromone, ou bien rauque suite à l’abus de tabac et d’absinthe.
« Hé, gamine, tu le vois, l’aut’ m’sieur, là ? Lui et toi, ca serait comme se faire une bouteille d’absinthe en une gorgée. Ouais, ca ferait vomir. Et tu sais pourquoi, p’tiote ? Parce que vous deux, vous m’semblez bien partis pour procréer et sauver not’ humanité d’l’extinction. Vas, p’tite, met-le dans ta couche. »

Tout ca pour dire que non, la première fois que je lui ai parlé, je ne me suis pas demandé comment ca serait lui et moi, humhumant parlant.
Je suis un peu Harlequin(e) des fois, et du coup, je ne pense pas « sexe ! » dès qu’un mâle me plait.
Je me suis surtout demandé pourquoi j’avais des insectes qui prenaient leur pied à me chatouiller le ventre et à me filer des palpitations dès que j’entendais sa voix.
Et pourquoi je préférais discuter avec lui, que voir mon ex s’extasier sur Starcraft, et me raconter de long en large les tactiques des asiatiques pour gagner des combats ? Campagnes ? Bref, pour niquer de l’extraterrestre...


Seulement, je ne m’inquiétais pas tant que ça, le pire du mieux pouvait être évité !
Parce que Darcy était jeune, colérique à ses heures (jeune, quoi), et surtout, point le plus important de l’histoire, EN COUPLE.
D’où la valse à quatre temps, comprenez ?
Et que, du coup, si je prenais enfin mon courage à deux mains, et ma conscience en pleine face, même si je trouvais la façon de quitter Nolifeux sans lui faire trop de mal (humpf, ça ne fonctionne jamais, forcément, mais on se dit toujours « on ne sait jamais ! »), de toute façon, rien ne se passera parce que lui aussi a une mie !

Mais c’était sans compter sans ses phéromones à lui, qui lui soufflaient des idées de moi comme future mère de ses enfants.
Bon, peut-être pas à ce point-là, mais j’ai appris, en mode *confessions sur l’oreiller*, que je lui ai tapé dans l’œil quasi de suite, à Darcy !
Tiens, je me demande à quoi ça peut ressembler des phéromones masculines… ?
Probablement un mâle dans toute sa splendeur, genre physique de Rambo –ce qui explique pourquoi les mecs font toujours les gros bras-, et poète maudit façon Baudelaire sans les rimes –ça c’est pour le côté sentimental, et humain-.
Je les vois bien, baraqués, suant à grosses gouttes coulant le long des abdos inhumains, et murmurant poétiquement, et romantiquement :
« Mon garçon, ne vois-tu pas que cette donzelle est faite pour toi ? Non mais regarde ces hanches, si ce n’est pas pour porter TES enfants qu’elles ont été créées, je ne crois plus aux alexandrins de Billie Shakie. Et cette façon de sourire quand tu t’adresses à elle, vas-y, elle n’attend que toi ».

Au final, après une énième crise conjugale, Nolifette et lui, c’était fini.
Et la première personne mise au courant, je vous le donne en mille, c’était bibi.
« Nan, mais ça veut dire quelque chose, choupette ! Tu comprends pas ?! »
Non, on ne comprend pas quand ça nous touche personnellement.
Parce qu’on s’imagine une liste interminable de ces saletés de « et si… ? »
- Et s’il se remettait avec elle ?!
- Et s’il me l’avait dit en premier parce que, raison tout à fait logique, j’étais la seule personne près de lui à ce moment-là ?!
- Et s’il l’avait quittée pour une raison obscure, genre agent secret ricain poursuivi par l’Urss pour vol des plans d’une navette spatiale ?!
- Et si… et s’il l’avait quittée pour une autre, qui n’est pas moi…. ?
Parce que oui, je suis une gonzesse, et je ne m’attends jamais à des résultats positifs niveau amour.
J’ai beau connaître l’histoire de Bridget Jones sur le bout des doigts, je doute encore et toujours quand au fait que l’on puisse m’aimer « telle que je suis ».
Ah, merde, j’ai ENFIN trouvé mon Mr Darcy !


Oui, parce qu’on à finir par se la faire, notre petite valse.
Aucun sous-entendu sexuel, j’entends.
C’était de la guimauve made in Haribo, promis-juré.
On a fait cliché du début à la fin de notre petite période de flirt innocent.
J’ai fini par quitter Nolifeux, dans les larmes des deux côtés, parce que même si je ne vous en donne pas le sentiment, je suis un être humain avec un cœur, merci de ne pas en douter.
Et vas-y que sur mes jours de repos, je passe ma journée au boulot pour te voir, que je passe mon temps à t’envoyer des messages tellement lourds de sous-entendus romantiques que mon téléphone pesait une tonne dans mon sac à main, que je passe une nuit blanche avec toi, que je prends le tramway dès les premières heures de la journée pour me balader à tes côtés, et que putain, je rêve de t’embrasser dès que tes lèvres touchent mes joues pour me dire au revoir...
Et là, coup de grâce dans le old-school de l’amûûûr, le fameux ‘je-te-prends-la-main-au-ciné’.
Darcy et moi, on est des clichés sur pattes...


Trois mois déjà, des prises de becs incalculables, des fous rires qui ne s’oublient pas, des coups durs, des peurs de série B, des baisers magiques.
Mais on a que 2O ans –à peu près, disons que pour des raisons de rides, je cache mon âge-, et encore toute une vie à vivre.
A coup sûr, ca sera une vie pleine de hurlements, de manettes de Xbox explosées contre le mur, de vaisselle fracassée contre l’évier de la cuisine, de soirées passées à geeker comme des nazes ultramodernisés, de saloperies balancées à la tronche après une journée de boulot exécrable, mais je me rassure en sachant que ce sera aussi une vie pleine de câlins, de promenades main dans la main, de baisers fougueux comme on est les seuls à connaitre, de pizzas commandées chez notre fournisseur officiel...

« Une valse à mille temps
Offre seule aux amants
Trois cent trente-trois fois le temps
De bâtir un roman »